mardi 22 décembre 2009

Un livre, ça se lit mieux dans le contexte

A Bagdad, je lisais "Les identités meurtrières" de Amin Maalouf, franco-libanais. L'essai porte sur la question de l'identité, de sa définition même et de ses limites. Jusqu'à quel point peut - on se revendiquer de telle identité ou de telle confession sans passer de l'autre côté de la ligne rouge qu'est le sectarisme ?
J'ai lu ce bouquin en Irak alors que les années 2006 et 2007 ont été marquées par une violence inhumaine entre sunnites et chiites, chrétiens et musulmans, kurdes et arabes. C'est dans ce contexte que j'ai le mieux compris l'analyse d'Amin Maalouf sur le repli identitaire, décuplé lorsqu'on agite le drapeau immonde de la couleur confessionnelle (à défaut de la couleur de peau) dans un moment de crise politique et militaire. Une centaine de cadavres, ligotés, avec plusieurs balles logées dans le corps, tous les jours pendant près de deux ans. Des exécutions sommaires au nom de cette "identité" et qui ont fait de l'Irak et de la région, un laboratoire où la "fitna" - division - cède au mélange des opinions.
Personnellement, la question de ma double culture n'a jamais pris autant de sens en Irak. Suis - je "moitié" français ou moitié "irakien" ? Pour Amin Maalouf, la question ne se pose pas de cette manière. On ne divise pas l'homme en deux cultures. Il y a beaucoup d'autres éléments comme l'expérience, l'éducation, le contexte qui font d'une double culture quelque chose de beaucoup plus complexe.

dimanche 13 décembre 2009

I knew all the rules...

...but the rules did not know me.

mardi 8 décembre 2009

En route (encore et encore) pour Bagdad...

...Les attentats simultanés à Bagdad...la reconstruction...attentats simultanés...reconstruction...Et qui paient le prix ? Les Irakiens. Le prix du sang.

vendredi 4 décembre 2009

Montage...

...puis (re) tournage...et (re) montage.

mercredi 14 octobre 2009

7 ans après...

Abou Noor m'a résumé la situation en Irak avec quelques mots entre deux bouffées de Craven. Lui est originaire de Ramadi, dans l'ouest du pays, fief des voitures piégées qui sortent d'on ne sait d'où. Exilé à Amman en Jordanie depuis quelques mois déjà, il m'a dit poser deux questions à chaque fois qu'il téléphone à ses amis restés là - bas :
-Comment va l'électricité?
-Qui est mort ?

Voilà l'état de l'Irak, sept ans après la "libération".

vendredi 9 octobre 2009

Blood for Oil

Une évidence ? Non. C'est un monde opaque, noir, comme le pétrole. Rouge, comme le sang. Depuis trop longtemps, l'Irak transpire ce mélange de souffre, d'hémoglobine et de vapeur d'essence.
Comment expliquer que la guerre entre les deux fleuves n'avait pas pour seul objectif ses sous-sols ? C'est pourtant une question cruciale. Qu'adviendra -t-il d'un pays sans Etat, à quelques mois du retrait des soldats américains ? Qu'en restera-t-il ? Des morceaux de territoire dessinés autour des pipelines ? Un Etat souverain dans le sens le plus noble du terme? 

Des questions auxquelles il faut répondre. Les Américains veulent quitter l'Irak mais en s'assurant que la maison restera solide. Dans un premier temps, les clés seront remises aux compagnies pétrolières. Chinois, Turcs, Français, Italiens, Russes se partageront des champs pétroliers déjà exploités mais en très mauvais état. Le marché est ouvert. 51% pour l'Irak, 49% au reste du monde.
En conséquence, les nouvelles (et anciennes) amitiés réapparaissent. Au nom de la reconstruction de l'Irak ?

jeudi 17 septembre 2009

En Irak, la vie ne tient qu'à une semelle....

"Un Irakien a été tué mercredi par des soldats américains à Falloujah, à l'ouest de Bagdad, après avoir jeté une grenade contre une patrouille, d'après l'armée américaine, des témoins affirmant au contraire qu'il leur avait lancé une chaussure.

Des habitants ont déclaré à Falloujah qu'Ahmed Latif, 32 ans, un Irakien souffrant de troubles mentaux, avait insulté des soldats en patrouille dans le centre de la ville avant de lancer une chaussure contre l'un de leurs véhicules. L'armée américaine a déclaré pour sa part qu'un convoi avait été attaqué par ce qui semblait être une grenade."

Il avait imité le geste, devenu très populaire dans le monde, de Mountazer Al Zaidi, le journaliste irakien qui avait jeté ses chaussures sur Bush fils.

mardi 1 septembre 2009

La fin d'un été chez I>Télé

Plusieurs mois à passer en revue les dépêches. Les termes PAD, Stock, DNS, font désormais partie d'un vocabulaire qui commence déjà à prendre la poussière. J'aurai vécu des moments forts durant toute cette période de journalisme de bureau. Les séries noires des crashs d'avion, la mort de Michael Jackson, les manifestations en Iran, la reprise des "gros" attentats en Irak, les soldats morts au combat en Afghanistan et puis les incendies dans le monde, la grippe A, les noyades (à Trouville en particulier), et beaucoup d'autres faits divers.
Il y aura aussi ce duplex où une guêpe m'a témoigné de son amour, les risques du reportage...Mais surtout, surtout, il y a ces rencontres. Formidables personnes. Le monde est petit ! Il est surtout à sens giratoire. Nous nous croiserons donc. Pour clore ce chapitre, voici un cadeau. Le 6ème paragraphe des poèmes pour la paix de Paul Eluard :
Travaille.
Travail de mes dix doigts et travail de ma tête,
Travail de Dieu, travail de bête,
Ma vie et notre espoir de tous les jours,
La nourriture et notre amour.
Travaille.

mardi 25 août 2009

Le témoignage d'un irakien après les attentats du 19 Août 2009



Je vous l'ai traduit car ça vaut le détour :
-Hier, nous avons été témoins de l'explosion. On a même pas entendu le bruit tellement la puissance de l'explosion était importante. On y voyait plus rien à cause d'un brouillard créé par la déflagration. Deux heures après, il n'y avait toujours personne pour nous aider, même pas une ambulance. C'est nous, les habitants du quartier qui avons ramassé les corps et les blessés de nos propres mains. Alors que là - bas, ils étaient occupés à nettoyer les murs du ministère des affaires étrangères pour préserver la peinture !
- Je dis, si les Irakiens ne préoccupent pas le gouvernement, alors expulsez - les ! Expulsez - les. Que les dirigeants des autres pays, s'ils veulent entrer au paradis, qu'ils acceptent d'accueillir les Irakiens. Ici, il y a des génocides !
-Personne n'y croit à ces accusations contre les "saddamistes" et les "extrémistes", personne n'y croit. Tout ça, ce sont les partis politiques qui sont derrière ça, pour que ce gouvernement échoue, chacun de ces partis se bat pour prendre le pouvoir. Et qui en est victime ? Le peuple irakien. Son problème au peuple irakien ? Il est né irakien ! Il est né irakien ! Autant mourir tout de suite, c'est mieux. C'est mieux pour lui qu'il meure, de toute façon, il meurt tous les jours. Quotidiennement, on perd un ami, un frère, une mère ou un fils. Pour qui ? Pour qui ? Si le gouvernement n'est pas capable de gouverner, alors qu'il s'en aille ! Qui vous a amené au pouvoir ? On ne vous connaît pas, on ne connaît même pas vos noms ! quittez ce pays, sortez ! Partez, vous nous tuez tous les jours. Si vous voulez rester alors faites nous partir, vous resterez seuls, comme ça vous vivrez en sécurité, comme vous le souhaitez. Sans peuple. Soyez un gouvernement sans peuple. Tous les jours, on vous donne 40, 50 morts. Alors que de votre côté, y en a un qui fait une crise cardiaque à cause du bruit de l'explosion et un autre qui est à peine blessé. Alors que les cadavres qui sont là, on ne sait même pas à qui ils appartiennent. On ne sait pas à qui appartient cette jambe qui traîne, ce bras, ce tronc. Pourquoi ? Pourquoi ? Combien vaut un irakien ? On voudrait le savoir ? 100 dollars? On vous en donne 200. Aidez nous à quitter ce pays. Comment cela se fait qu'hier, juste après l'explosion, un membre du gouvernement m'a demandé de quitter les lieux prétextant que j'étais sur sa propriété. Où dois - je aller alors ? Toi, tu es irakien, et moi je suis quoi ? Indien ? Sri-lankais? Je suis quoi moi ? Tu es irakien ? comment se fait - il que tu gagnes 3000 dollars par mois, que tu aies 3 ou 4 maisons et tu me demandes de partir alors que moi je n'arrive même pas à gagner 100 dollars par mois ? Tu veux que je reste à ne rien faire ? Ca suffit ! Vous n'avez pas honte ? Soyez humble, ça changera. Ne vous cachez pas derrière les soi - disant saddamistes et extrémistes.