dimanche 11 décembre 2011

Le festival du scoop récompense "Irak : les enfants sacrifiés de Falluja"

Un grand merci aux jurés du prix de l'enquête, aux détenus de la maison d'arrêt de Douai, au public présent. Je dédie ce prix à ma famille et aux habitants de Falluja.

Pour la ville de mes parents, la reconnaissance n'a pas de prix.


mardi 25 octobre 2011

Hommage à Shaima Sami

Shaima Sami, 31 ans, a été tuée dans l'exercice de sa profession sur une route libyenne en direction de Syrte. Shaima était une journaliste égyptienne comme il en existait peu.
Elle travaillait pour la télévision japonaise ASAHI.
Shaima, que ton âme repose en paix.
A mon ami Karim, le malheur de l'avoir perdue, ne doit pas nous faire oublier, le bonheur de l'avoir connue. Sois fort.

mercredi 7 septembre 2011

France Culture : l'après 11 septembre en Irak

Comment l'impossible est devenu une banalité...

En "Orient", oser contester les dires d'un dictateur était aussi insensé que de déraciner un arbre avec une cuillère à soupe. Les dictateurs sont des arbres enracinés depuis des décennies. Du moins, ils l'étaient. Aujourd'hui, l'impossible a un second sens. Il va même jusqu'à rendre banals les évènements en cours dans le "monde arabe". Impensables il y a encore moins d'un an, les Arabes se soulèvent contre les dictatures...plus que les dictateurs.
C'est tout un système qui est aujourd'hui contesté. Il suffisait de se rendre en Algérie, en Egypte ou en Irak pour constater l'injustice et la corruption de la société. La flatterie servile de certains citoyens. La vie quotidienne compromise par les bassesses du régime.

Un jour, après un reportage à Damas en Syrie, je faisais une pause chez des amis irakiens. Un des "gars du pays" était bien implanté au pays de Sham. Il s'appelle Ahmed. Il était tellement bien intégré qu'il avait totalement assimilé le système de corruption local. Nous étions assis dans le bureau de son agence immobilière proposant une liste non exhaustive d'appartements infestés de puces. J'en avais été la victime...
Nous étions quatre, affalés sur un canapé en cuir bien plus vieux que moi quand un jeune homme entra. Pas un mot, pas un bonjour, rien. Autour de moi, tout le monde s'était levé mais dans une précipitation trop excessive pour être naturelle, comme si le président Bachar Al-Assad entrait dans la pièce. Ce n'était pourtant qu'un jeune homme. Qu'avait-il de si impressionnant ?
La peur se lisait sur les visages des gars du pays. Je me levais donc après avoir croisé leurs regards très insistants.
Le jeune homme en question avait un pistolet Glock à la ceinture. Il était hautain. Ses lèvres restaient immobiles quand il s'exprimait. Il ne ressentait pas le besoin d'articuler comme si nous ne méritions pas autant d'effort. Le genre de type à ne pas accepter la moindre tape sur l'épaule.
J'avais compris cinq minutes plus tard qu'il venait chercher son pot de vin auprès d'Ahmed, le "directeur" de l'agence. Ce qui était frappant, c'est qu'il ne s'en cachait pas. Le jeune homme avait garé sa vieille Mercedes devant l'immeuble et faisait le tour du quartier, passait de boutique en boutique. Nous étions sur son terrain. Où était l'Etat ? Les institutions ? Le Droit ? Ce jeune type empochait des milliers de dollars par mois. Et c'était normal. C'était le système. Un flingue, un petit grade et un peu de malhonnêteté. Probablement aucune ambition politique au sein du parti Baas mais un confort de taille.
A l'époque, (il y a 4 ans), il était impossible de broncher face à cette banalité.
Aujourd'hui, quand je vois ces milliers de gens arpenter les rues, prêts à mourir, je ne peux pas m'empêcher de penser à ce jeune homme corrompu. Je l'imagine tirer sur la foule avec son Glock autrichien.

Après la Tunisie et l'Egypte, (mettons la Libye de côté pour l'instant) le peuple syrien essaie à son tour de prendre la Bastille. Même s'il échouait, au moins aura-t-il donné à l'occident une belle leçon de révolution. 

dimanche 31 juillet 2011

vendredi 29 juillet 2011

Radio Orient, Idha3at Al Sharq fi Paris

La radio qui résonnait à la maison durant mon enfance. Merci à Jérôme Noujaïm pour l'interview concernant mon reportage sur le marché du halal.

A partir de 11'37''.

http://www.radioorient.com/notes/Le-dernier-Journal-en-Francais_b1142436.html

mardi 26 juillet 2011

"Halalgate"

Spécial investigation – Dimanche 31 juillet, à 12h55 sur Canal+ en clair


Halal : les dérives d'un business

dimanche 17 juillet 2011

Irak : les enfants sacrifiés de Falluja

Une enquête entre l'Irak, les Etats-Unis et le Royaume-Uni. De Falluja à New York en passant par Aberystwyth. Images d'Yvon Legall, montage de Régine Jusserand et Jacques Avalos. Production Baozi Prod.

J'écrirai quelques lignes plus détaillées dans les jours à venir.

Merci à mes fidèles lecteurs (souvent mes amis).

jeudi 2 décembre 2010

Bagdad 1989. Une année paisible.


C'était en 1989. Huit ans de guerre contre l'Iran venaient de s'achever. Au pays, presque tout le monde s'en était tirés. Quelques blessés du côté de mes oncles paternels. Mais plus d'un million de morts pour rien en Irak ainsi qu'en Iran. Ni vainqueur ni vaincu. Seule la haine de l'autre avait triomphé. 
Quand la nouvelle nous est arrivée par téléphone de Bagdad, sitôt le combiné raccroché, ma mère m'a lancé : « tu vas enfin voir ta famille ».
J'ai poussé la porte du salon et trouvé mon père debout en face du téléviseur. L'information fait la une des journaux télévisés. Le cessez-le-feu est officiel. Et je n'ai pas encore neuf ans. Quelques semaines plus tard, nous partirons pour l'Irak alors que ma petite sœur et moi étions en pleine période scolaire. Il y avait urgence. Qui sait ? Une nouvelle guerre pouvait facilement éclater du jour en lendemain.
Comme si c'était hier, je me revois assis dans l'avion de la compagnie aérienne nationale : Iraq Airways. J'aurai le droit de visiter la cabine de pilotage car le pilote est mon oncle. En regardant à travers la vitre, je balaie dans ma tête tous les clichés que l'on connaît du pays des mille et une nuits. Les dunes dorées, les chameaux, Ali Baba et les quarante voleurs... Et cette grande famille que je ne connais pas. 

Plus de quatre vingt personnes nous attendent à l'aéroport international de Saddam Hussein. Ils se battent pour nous embrasser. Là, dans ce brouhaha oriental, je l'ai aperçu. Nous avons le même âge. Lui a grandi sous les bombes. Moi à Paris. Il s'appelle Mazen. Mon cousin de l'autre continent. On se serre la main comme des hommes et je comprend qu'il sera bien plus que ça. Il deviendra mon frère d'Irak. Chemins parallèles mais si différents.

Dehors, je pose le pied dans une Bagdad illuminée par les éclairages publics. A ma grande surprise, la route de l'aéroport est propre et elle brille. Cette même route sera surnommée quinze années plus tard « la route de la mort ». 
Il fait nuit lorsque nous pénétrons dans le quartier Al-Mansour, chez ma tante. La tradition veut que nous allions d'abord chez la plus âgée. Sur la route, nous nous arrêtons près d'un glacier. Encore une surprise, je déguste une des meilleures glaces italiennes de toute ma vie. Parfum abricot. 
Cela fait à peine quelques minutes et ce pays, je l'adopte déjà. Mes appréhensions d'enfants se dissipent. Je ne ressens pas la dictature. Tout semble normal et l'Irak ne manque de rien. Seule mise en garde de mes proches : « ne prononce pas le nom de Saddam dans la rue ! ». J'ai aussitôt fait le contraire. Ma cousine Taghreed a posé sa main sur ma bouche et m'a jeté dans la voiture. 
J'étais trop jeune pour comprendre que je les mettais en danger. La voix du peuple s'arrêtait là où l'on criait le nom du raïs.